La Tranpantaneira !

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Brésil - Pantanal
de Yacine, le 07-04-2007

La Tranpantaneira !

La transpantaneira ...

Un mot qui me faisait rever. Qui remplacait Guantanamera lorsque je chantais...
Pourtant la 'Transpantaneira'... quel nom pretentieux pour une piste de 150 km qui s’arrete au milieu de nulle-part : Porto Joffre... Elle ne traverse rien du tout, elle ne fait que s’arreter au milieu du Pantanal, coupée par les eaux...

Le Pantanal... region du sud-ouest du Bresil qui est inonde plus de la moitie de l’annee, ainsi l’occupation par l’homme y est fortement reduite, et une grande concentration d’animaux y ont trouvé refuge parmi lesquelles des jaguars, pantheres, capivaras, alligators (plus de 10 millions) et des centaines de differentes especes d’oiseaux. Ne pas y voir d’animaux releve du defi sachant qu’ils se concentrent tous sur les parties non-inondes qui en ce moment sont assez reduites (c’est la saison des pluies). J’etais un peu decu par mon sejour dans la foret amazonienne, la foret etait trop dense, on ne voyait pas vraiment les animaux, on ne faisait que les entendre la plupart du temps. Le Pantanal me faisait de l’oeil, il fallait que je le decouvre moi-meme...

Mais voila, le “guide du routard” (qui n’a de Routard que .. ...) vous le dira : “un sejour au Pantanal vous reviendra cher”, et effectivement les agences les moins chers vous feront payer de l’ordre de 80 euros par jour avec un minimum de 3 jours. Mon budget moyen etant au moins 10 fois moins il fallait envisager une autre solution. La solution, je l’avais sur un plateau... faire du stop. Depuis la Nouvelle-Zelande, je sais faire... Je ne savais pas vraiment comment j’allais faire pour dormir sur place, ni ou... Mais je partirai avec de quoi manger et mon hamac et on verra bien, au pire je poserai mon hamac sur un arbre ou chez des gens du coin. C’est avec cette idee en tete que je passe la nuit a Poconé, ville où débute la Tranpantaneira. Objectif Porto Joffre...

Je me suis donc levé a 5h15 (j’ai un vrai rythme de voyageur en ce moment) decidé à partir apres le petit dejeuner... enfin bon, il a fallu attendre 6 heures pour le petit dejeuner. Je piaffais d’impatience d’en decoudre, j’avais acheté deux paquets de biscuits et un gros paquet de biscotte, 2 litres d’eau, mon sac etait pret... Je demande au proprio s’il peut garder mon gros sac, c’est la que je me rend compte que mon sac fuit. Oh non ! Pas la bouteille de cachaça de 5 ans d’age arrange au piment rouge depuis 3 ans qu’on m’avait offert a Vargem Alta il y a un mois ! Elle a explose dans mon sac, toutes mes affaires y sont passes... et je vous passe l’odeur. Tout nettoyer, sauver ce qui est encore sauvable. L’horreur... Ca commence mal.

C’est donc a 6h45 du matin que je pars finalement a la quete de Porto Joffre. J’etais assez enervé, il faut le dire... mais c’est a ce moment alors que j’etais encore dans la ville qu’un toucan decide de survoler la route. Le premier toucan sauvage que je vois, quelle grace, quelle simplicite, il donne l’impression de suivre une ligne droite sans faire de bruit. Il en fallait pas grand chose pour me revoir remis d’aplomb.

Tout d’abord, un petit tour en tracteur pour faire quelques 5 kms et arriver au veritable debut de la piste, peu confortable mais parfait pour se mettre dans l’aventure.

Ensuite une break s’arrete (avec le coffre ouvert) je monte debout a l’arriere avec deux compagnons pour des sensations fortes et surtout des passages feeriques... La voiture allait souvent a des vitesses assez dementes, mais c’est a cette vitesse qu’on surprenait tous les differents oiseux et on les voyez s’envoler... La vue etait superbe, mais le mieux c’est lorsque deux couples de Araras Azul (en anglais ce sont des "blue Macau") ont commence a faire la course avec nous et ce plus d’une minute. Ce sont des gros perroquets d’une couleur bleu nuit tres grands (60-70 cm) et qui sont toujours en couple.

                                                                                         
Le pick-up en question... pour les araras azul y aura une photo plus loin

J’etais aux anges... Je ne saurez vous dire tous les oiseuax que j’ai vus, il y avait des Martin Pecheurs (plus beau que chez nous), des Tuiuius (enormes oiseaux de plus de un metre de haut au corps blancs, au col rouge et a la tete noir), des petits perroquets de toutes les couleurs dans leurs nids geants communs, des sortes de cigognes et tant d’autres oiseaux... Ce petit tour de 20 kms m’a donne des ailes, il valait toutes les galeres du monde qui auraient pu survenir par la suite. Mais de galeres je n’en voyait toujours pas venir ! Une fois depose, je continue la piste a pied, me baladant en essayant de reperer les oiseaux dans leur nid, conversant avec les faucons qui bordent innombrables la route.

                                    
Un nid de perroquets avec un "Martin Pescador" (Martin pecheur) au-dessus et sur l'autre inage un "Carcara" : type de faucon tres repandu par la.

C’est la qu’une deuxieme voiture du meme type me prend et m’emmene apres une pause chez un fermier qui nous offre un jus quelques 20 km plus loins.

 

Video de moi sur le pick-up

Je n’avais aucune idee des distances, mais j’etais alors confiant, Porto Joffre me tendait les bras. Je me balade donc allegrement continuant la route lorsqu’un camion s’arrete en route pour transporter une cargaison de vaches

 

Video de moi dans le camion

 et me fais assister a la manoeuvre d’un troupeau de 200 vaches par des vrais cow-boys bresiliens, impressionant.


Je me croyais dans un western (j'ai filme toute la manoeuvre si vous etes interesses disponible en suivant ce lien)

Ensuite, une quatrieme voiture s’arrete, a l’arriere bonde de touristes qui ont du payer leurs 100$ US la journee, mais qui me ramene gratuitement jusqu’a leur hotel 10 km plus loin. Ils venaient de pecher des piranhas. Il me reste alors 100 km, mais le probleme est que je viens de passer les derniers hotels de la route, et apres le traffic ce fait rare... pour ne pas dire, inexistant... cela fait plus d’une heure que je marche sous le cagnard. Je m’arrete sur le bord de la route a l’ombre, epuise par ce soleil et par cette marche, c’est le moment de doute, faut-il aller jusqu’au bout au risque de se retrouver au milieu de nulle part, ou tenter de rentrer. J’attends en mangeant quelques biscottes, en regardant le niveau de mon eau se reduire dangereusement.

 

J'ai fait une video a ce moment la... je ne pouvais plus marcher sous le cagnard, aucune voiture ne passait, je ne savais que faire

C’est la qu’un camion s’arrete : “Je voudrais aller a Porto Joffre” et je m’apprete a lui expliquer avec des mots qui change a chaque fois mais jusqu’a present on m’a toujours compris que s’il pouvait m’avancer au moins de quelques kms a defaut de m’emmener a Porto Joffre... lorsqu’il m’a dit “OK”. J’ai donc pris ce camion dont le chauffeur parlait espagnol (= discussion vachement plus interessante qu’en bresilien en ce qui me concerne) pour les 100 derniers km de mon voyage. En chemin j’ai vu les poissons geants qu’ils pechaient des piranhas de 40 cm, et d’autres poissons de 2 metres ! Jai vu des Capivaras, la plus grande espece de rongeurs (environ 50 kg),

et quelques toucans et des araras et encore d’autres oiseaux.
J’arrive finalement a Porto Joffre, pour decouvrir que ce village comporte 2 maisons, un camping et un hotel (a 800 euros la journees ). Rien de plus, on debarque au bord du fleuve. Le camping coute cher pour ce que c’est mais reste dans mon budget (6 euros)... je pose donc mon hamac dans ce village ou les pigeons sont remplaces par des faucons et les moineaux par des vautours. Je suis au fin fond du monde, au milieu de nulle part dans le Pantanal. Le kiffe. Ici tout le monde peche, et tout le monde peche gros...

Porto Joffre coupe par le Rio Cuiaba     
Porto Joffre coupe par le Rio Cuiaba... et les enormes poissons qu'on y peche (j'en ai vu des encore plus gros)

J’ai vu une barque partir 90 secondes et revenir avec 6 gros poissons. C’est la que j’ai rencontre un photographe professionel qui me montre des photos halucinantes et ses deux serpents, j’ai rencontre son copain qui a un T-shirt “Tunisia” (si c’est pas la classe !) et qui m’offre une biere.


Allant a la douche je parle a un bresilien un peu emeche, mais qui me propose de manger du Caldo da Piranha (une soupe de piranha) tres bonne si l’on oublie que le piranha a tant d’arretes que parfois on se demande si ca vaut vraiment la peine... mais bon j’avais faim ! Il m’offre a boire... puis pris d’une attaque de moustique (a travers mon sweet-shirt !) et d’une envie de dormir je m’eclipse dans mon hamac. La nuit fut agite, tout d’abord mes amis qui continaient de festoyer jusqu’a minuit, puis dans la nuit un orage combine au vent a rendu caduc le toit sous lequel je me suis trouve. Je me suis retrouve entierement trempe. Le temps de secher un peu , j’ai a peine le temps de m’assoupir avant que le jour se leve.

Il est temps pour moi de lever le camp qui s’est transformé en bain de boue. Je m’enfuis a l’aube pour pouvoir observer les animaux d’autant mieux. Je ne suis pas tout a fait rassure concernant le retour, il se peut tres bien qu’il n’y ait personne qui ne parte de Porto Joffre (il y avait si peu de monde). Mais bon je marche a une bonne allure, deja deux heures sans m’arreter. Je vois une famille de fourmiliers qui grimpent aux arbres (premiere nouvelle !).

Je continue ma marche un peu zombifie par ma nuit quasi inexistante... c’est alors que je suis reveille dans ma marche par une sorte de rugissement et je vois les ¾ de l’arriere noir d’un gros animal a une quinzaine de metres de moi se retourner et detaler. C’etait une panthere noire. La, je ne faisais pas mon malin, marcher seul, avec mon couteau suisse en poche, et une pierre ramassee, que pouvais-je contre lui s’il se decidait a m’attaquer. Rugir plus fort ? Peut-etre qu’avec ma barbe et mes cheveux je l’impressionerai. Imaginez si j’avais decide de poser mon hamac au bord de la route... En tout cas je marche doucement toujours tout droit bien au milieu de la piste... pas rassure du tout du tout.

C’est alors apres avoir marche plus de 15 km en 3 heures, qu’une voiture passe... La premiere ! Une voiture de touristes, un allemand et une peruvienne qui se sont rencontres il y a 6 ans au Perou et qui se retrouvent au Bresil. Ils sont en route pour chercher un hotel plus haut sur la Transpantaneira ( ca m’assure mon retour...au moins 80-100 km et une fois arrivé au niveau des hotels, je suis quasiment sur de trouver une voiture pour rentrer). C’est la fete ! Je discute donc avec eux, ils prennent leur temps, conduisent lentement pour voir les animaux, on parle des animaux que l’on a vu... et je me rend compte que je n’ai toujours pas vu de ‘Jacaré’ (caiman ou alligator en francais) alors qu’il est cense y en avoir plus de 10 millions dans le coin... et c’est lorsque je dis ca qu’on a voit deux enormes caimans de 2 metres 50 au bord de la route en train de se dorer au soleil.


Ils maintiennent leur gueules ouvertes pour que les oiseaux viennent leur nettoyer les dents

La route est a nouveau bondée par les capivaras, on croise meme des biches... et d’autres alligators. Hier ils ont vu une mère alligator suivie de ses vingt petits traverser la route. Je les accompagne lorsqu’il visite un des hotels, et ils decidents de manger la-bas... et ils m’invitent a partager un repas de roi bien arrose ! C’est donc plein et apres avoir fait la connaissance des alligators de l’hotel qui apparaissent a chaque fois qu’on leur envoie du poisson, que l’on repart. Prochaine destination leur prochain hotel... il est 15h30 lorsqu’on se quitte. Il est temps de rentrer si je veux prendre un bus des ce soir pour Campo Grande (une ville)... c’est alors qu’un camion 4x4 d’hotels (mais avec seulement quelques employes bresiliens) s’arrete et me prend. Apparemment la personne devant est un futur guide en formation, il prend des notes sur le nom des differents animaux que l’on voit. On voit a nouveau pleins d’animaux et j’ai l’occasion de finalement prendre en photos des araras...


On voit mal... mais bon offrez moi un reflexe numerique avec un vrai zoom et apres vous pourrez vous plaindre !

Pour les toucans ce sera une autre fois, ils sont trop rapides a chaque fois ! J’arrive finalement a Poconé vers 17h30, fatigué... mais les yeux remplis de merveilles et tout ca pour pas grand chose.


Moi harassé a la gare routiere de Poconé, ayant retrouve mon sac toujours puant la cachaça et en train de les faire secher

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Commentaires sur cet article
Barbara & Julien
Toujours aussi hallucinantes tes aventures. TU vas pouvoir ecrire un bouquin en rentrant, j'espere que tu pourras nous en dedicacer un !

Bonne continuation.
 

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