En tournant finalement la dernière page de mon carnet, je me rend compte que jamais page n’a été aussi remplie. Fini les marges, les titres, alinéas, paragraphes, fini ces grands traits, ces grandes lettres qui remplissaient les vides honteux. A peine quelques grandes capitales se permettent encore de dépasser en taille les lettres d’autres lieux, et ce, timidement. Car qui oserait prendre une place dans cette avalanche de sentiments, de sensations, de découvertes, d’apprentissages, de métissages et de tissages.
A la fin ?
Il n’y avait plus de place ! Le comble !
Moi qui ai tant lutté pour combler les pages précédentes, moi qui me suis battu avec tant de fierté, de rage et d’avidité pour que cette vie vaille quelques instants remplies, je me suis retrouvé épuisé, comblé et parfois même las et blasé. Dans des situations qui autrefois aurait inondé cette feuille d’encre, ma plume s’est tari, mon cœur insensible.
J’ai secoué la tête, j’ai secoué cette feuille, je me suis repris, trouvé des interstices encore pour écrire quelques mots, quelques rencontres, quelques paysages, quelques nuits. Puis j’ai essayé de trouver des passages, des regrets, que l’on aurait pu effacer pour les remplacer, récupérer de la place là où elle avait été injustement volé… mais… aucune injustice, aucun regret n’est venu à mon secours, aucun secours à mon désarroi.
Aujourd’hui rentré, je vois cette nouvelle page, vierge, et je ne sais plus comment la remplir. Je cherche encore les marges, la structure des paragraphes. Comment faire pour se satisfaire à nouveau de tout ces vides ?
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