Le Paraguay un pays intrigant

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Paraguay - Paraguay
de Yacine, le 30-05-2007

Le Paraguay un pays intrigant

Que sait-on du Paraguay ?
Au fond pas grand chose.

C’est ainsi que je me decidais a mener mon enquete... je faisais jouer de mes contacts et allai voir mes differents amis specialistes... voici ce qu’ils m’ont appris :

• Mon ami geographe Atlas me dit : « le Paraguay, cher ami, est un petit pays enclave au milieu du continent sud-americain, entoure par la Bolivie, le Bresil et l’Argentine. Le relief est relativement plat avec des regions quelques peu inhabite a l’ouest appelees le Chaco. Le pays est traversee par le Rio Paraguay mais souffre comme les boliviens du manque d’acces maritime. Peu de ressources minieres. »

• Mon ami historien qui bosse pour le Lonely Planet: « Apres l’independance et avoir essaye dans un absces de nationalisme d’etre auto-suffisant et isolationiste, l’histoire du Paraguay est surtout marque par la guerre. Tout d’abord la guerre la plus terrible de l’histoire sud-americaine, la guerre de la triple-alliance ou Francisco Solano Lopez, un megalomane, declara la guerre a l’Argentine, le Bresil et l’Uruguay en meme temps en 1865, qu’il perda naturellement etant a 1 soldat contre 10 et faisant combattre des enfants de 12 ans. Le pays perdit la moitie de sa population et un quart de son territoire. En 1932, les boliviens enclencherent la guerre du Chaco sur la frontiere ouest mal defini (des bruits courraient sur la presence de petrole). Bien que 3 fois plus nombreux les boliviens perdirent (comme a leur habitude) la guerre et concederent ¾ des territoires disputes. »

• Mon ami ethnologue et a ses heures perdues linguiste : « La population est divisee principalement en deux groupes. Les guaranis, 95% de la population et qui parlent guarani avant de parler Castillan (espagnol) et les tribus du Chaco qui parlent differents dialectes en fonction de leurs tribus. Au cours de l’histoire les deux peuples se sont differencies, l’un tres ouvert par les missions jesuites du 16eme et 17eme siecle au savoir et aux techniques occidentales (espagnoles), les guaranis, et les tribus du Chaco qui sont restes le plus loin possible de l’influence espagnole et qui apres l’independance se sont retrouves sous le joug des guaranis au lieu des espagnols. Il y a une troisieme populations d’immigrants qui s’est installee avec les tribus du Chaco a l’ouest depuis la moitie du vingtieme siecle, des personnes du type caucasien soit a la recherche d’un asile comme ces allemands anciens nazis pendant la seconde guerre mondiale ou autre grands criminels de guerre, soit les mennonites essentiellement du Canada a la recherche d’un refuge loin du monde moderne et de ses mauvaises influences. Aujourd’hui 40% de la population a moins de 14 ans. »

• C’est ainsi qu’en rencontrant mon ami geopoliticien, j’appris : « Apres la guerre du Chaco en 1935, il y eut une crise civile qui dura bien une decennie avant que finalement apres un coup d’etat en 1954, le general Alfredo Stroessner dirigea une dictature militaire tres dure pendant 35 ans, c’est lui d’ailleurs qui offrit l’asile aux criminels de guerre (nazi et autres) et aux mennonites. Apres lui, seul des leaders du meme parti (Parti rouge) ont eu le pouvoir jusqu’a aujourd’hui ou Nicanor Duarte elu avec seulement 37% des voix en 2003 . Mais l’on dit qu’il ne fait qu’executer les ordre de l’elite d’un pays mine par la corruption. » • Mes nombreux amis economistes au courant de mes recherches me dirent paniques : « L’economie du Paraguay est aux abois. O dieu, que je n’aimerai pas etre a la place du president Nicanor Duarte. L’etat est incapable de recolter plus de 25% des taxes et la banque mondiale refuse tout pret tant que la situation poitique et economique du pays ne ce sera pas assainit. Si ce n’est avec le traffic... comment vont-ils tenir ? »

• C’est donc bien inquiet que je vais voir mon ami fan de sport qui me dit : « Le Paraguay ? C’est un petit pays, mais ils reussissent parfois de bon truc au foot. Tu te souviens en coupe du monde en 98, ils etaient en huitieme, et puis en copa Libertadores cela arrivent souvent que les clubs paraguayens battent les meilleurs clubs bresiliens et argentins. »

• Mon ami cuistot alors que je lui commandait un plat : « Le Paraguay y a un truc qu’ils ont de bon, comparable a l’argentine, c’est le boeuf. »

• Enfin un touriste rencontre au cours de mon voyage : « Le Paraguay, y a rien a y voir... Franchement les seules choses a voir, tu peux les voirs en plus impressionant en Argentine ou au Bresil, et en plus faut payer un visa super cher (enfin toi t’es europeens donc ca devrait aller)... »

Bref, moi le touriste... qu’allais-je donc essaye de me fourvoyer dans un tel pays ?

Mais voila, en allant au Bresil de Bolivie, j’avais du faire une courte escale d’une heure a Asuncion. C’est donc a 23h du soir que j’attends cet enieme bus, et ne me voici pas surpris de voir que chaque futur passager, le chauffeur et le controleur du bus en arrivant salue tout le monde en serrant la main de chacun, moi y compris. Ce geste m’avais marque... Le Paraguay ne possederait-il pas la plus grande des richesses, la richesse humaine ? C’est ainsi que j’arrivai a Asuncion.

Asuncion,
quelle ville particuliere !? On a l’impression que le temps s’y est comme arrete depuis l’independance. Bien entendu la ville est organisee selon les eternels motifs rectangulaire qui marquent la creation coloniale de toutes les villes du sub-continent, mais le plus marquant ce sont toutes ces maisons avec leurs jardins, ces petits immeubles en plein centre qui donnent une image du passe tres rarement faussee par quelques centres commerciaux ou nouveaux batiments etatiques. La ville est au bord du fleuve frontiere, quelque peu en amont afin de se proteger des inondations intermittentes. Les vues du fleuve sont superbes, approchez-vous des ballustrades et regardez au loin la Grande Argentine… reposez votre regard et vos yeux se baissant verront de la tole entremelee de dechets et d’etres loqueteux. La ville a su rejeter ses membres les plus demunis a l’abri du regard, dans les pentes abruptes et inondees qui menent au fleuve. Mais ici, on ne se sent pas comme au Bresil, observe par des regards parfois haineux… alors j’ai tente de leur parler… il ne parlait que Guarani, je n’ai rien compris mais on s’est souri. Je suis rentre a l’hotel ou le proprietaire a enclenche un debat sur les etoiles, le ciel, la cosmologie, le fluide de la vie, la naissance. Je me suis couche a 17h reveille vers minuit… tant pis je continue… je partirai tot demain matin pour Encarnacion.

Encarnacion :
300 km et toute une journee pour les parcourir. Je n’arriverai que le soir, et je ne decouvrirai qu’une ville fantome la nuit avec a chaque coin de rue un garde, un seul endroit ouvert ou je me retrouve a demander deux petits empanadas (pain fourre a la viande). Lieu d’apocalypse… il est 21h, et jamais je n’ai vu autant de decadence concentre en un seul et meme lieu (et pourtant… ). La table des filles faciles qui boivent et reboivent a leur propre sante (et qui pisse comme je pleure ) avec leurs gros rires forcés entoure des mecs qui ne font que payer et regarder de travers. Une autre table, ou on essaye de convaincre un type d’arreter de boire dans son verre casse… celui-ci est dans un etat tel qu’il ne se rend compte de rien, sait-il seulement que le coude qu’il avait pose sur la table comme pour se donner une contenance, ne touche en fait pas du tout la table et reste en l’air a trembler de tout son saoul ? J’omet les tables du fond ou les rires d’ivrognes couvraient la musique, et je mange tranquillement mes deux empanadas accompagne par un des piliers du comptoir qui n’en revient pas : quoi ? 5 millions de guaranis (monnaie paraguayenne ) pour venir de France en avion ? Tu peux bien me payer un verre de vin non ? Le lendemain, depart tot pour Trinidad et Jesus deux anciennes ruines jesuites. Rien d’impressionnant si ce n’est les lieux dans lesquels ils sont places, la vue et les paysages. J’y rencontre un polonais qui parle… euh… polonais et russe… 3-4 mots d’anglais et beaucoup de gestes. Je serai son guide-traducteur pour la journee. Puis je pars directement a l’extremite nord, a Pedro Juan Caballero avec une escale a Ciudad del Este ville que j’ai traverse pour la sixieme fois.

Pedro Juan Caballero :
la frontiere nord-est du Paraguay avec le Bresil… Ville frontiere, ville pourri... comme d’habitude, ville envahie par les bureaux de changes et les boutiques… et rien d’autre, ah si… un bureau d’immigration et une station de bus. En tout cas arrive a 5 heures du matin, j’attends transi de froid dans la gare routiere un bus pour le parc national du Cerro Cora, apparemment ca a l’air interessant. Premier bus a 7 heures, je monte dessus, il se decide de pleuvoir au moment ou l’on part, et j’arrive donc a un croisement ou l’on me depose a 2 km de l’entree, sous la pluie, mon gros sac et en tongues a essaye de ne pas agglutiner trop de boue en dessous pour pouvoir marcher normalement. Finalement j’irai pieds-nus c’est plus simple. Je me lance avec amour dans ces espaces naturels sans m’etre vraiment bien renseigne aupres du garde-forestier. J’arrive a des endroits qui me paraissent incongrus : Ici mourut le fils du general Solano qui se tira une balle dans la tete a 16 ans en disant : un colonel paraguayen ne se rend jamais. La le general Solana se fit tirer quasi a bout portant dans la riviere. Ici une piste d’atterissage… Je cherche des chemins pour traverser un peu les payages voir autres chose que ces traces d’une guerre atroce, d’une tragedie. Je crois avoir trouve et je me retrouve finalement a l’entree du parc. Heureusement, je m’apercois qu’il y a un petit musee a l’interieur… on y explique la guerre de la triple alliance qui s’est fini exactement au lieu ou je viens d'aller, et la, la visite prend tout son interet… parce que la version paraguaienne est bien differente de celle de mon copain du Lonely Planet (j’apprendrai a me mefier de lui tiens !). Apres l’independance principalement stimulee et provoquee par l’Argentine et ses commercants de Buenos Aires qui en avait marre de faire passer toutes leurs marchandises par Lima (Perou), chaque pays avait forte affaire a essayer de ne pas etre sous le joug economique de Buenos Aires (les campagnes argentines plus que d'autres). De plus le Bresil avait des vues sur un acces au Rio Paraguay pour pouvoir passer des marchandises jusqu’en Amazonie. Le Paraguay avait une bonne economie, de bons produits a exporter mais n’avait aucun acces direct avec aucun des grands importateurs. Le general Solano en bon president (version paraguaienne) voulait donc defendre son pays et son economie et il se rendait bien compte des problemes qu’il affrontaient. Or en 1865 l’Argentine appuie un coup d’etat en Uruguay de facon a rallier l’Uruguay a la politique de Buenos Aires. Etant contre ses interets, le Paraguay decide d’intervenir, l’unique probleme est qu’il ne sait pas qu’il y a un accord secret entre l’Argentine et le Bresil (interesse par les acces fluviaux du Paraguay). Le nouveau gouvernement Urguayen etant proargentin, c’est donc la guerre de la Triple-Alliance qui debute, le general Solano est piege dans une guerre a 1 contre 10, une des guerres les plus meurtrieres qui durera 5 ans. Ce qu’il en reste aujourd’hui au Paraguay, c’est un patriotisme sans borne… Un homme qui est alle au bout d’une guerre qu’il savait pourtant tres tot perdu d’avance. Le Lonely Planet dit megalomane. Le Paraguay dit un heros. La verite est sans doute entre les deux.
Bon j’ai pas trop vu de nature mais bon c’etait interessant.
Prochaine etape, Concepcion.

Concepcion :
Saviez vous que le diminutif du prenom Concepcion, c’est Conchita ? Marrant non ? Enfin Concepcion, ville importante de par son traffic fluvial, mais a part ca… une grande statue de la vierge, quelques bons hot dog, un marche aggressif, des hoteliers peu communicant et une vie paisible. La prochaine etape la plus bizarre : Filadelfia.

Filadelfia :
Geographiquement au centre, demographiquement a l’extremite ouest du pays, si peu de gens vivent au-dela. Filadelfia est un nom etrange non ? Et si je vous disait que la ville voisine s’appelle Neu-Halbstadt ? On arrive dans cette ville immense. Chaque maison prenant au moins 30 metres de facade, pas vraiment de centre ville. Je m’en vais a la recherche d’un hotel, et puis je vais me renseigner sur mon bus pour la Bolivie. L’hotel le moins cher a un drapeau israelien dans la salle du restaurant, le bus pour la Bolivie coute plus d’argent qu’il n’en m’en reste, la moitie des gens sont soit des pauvres indigenes a la peau bien sombre d’un metre cinquante qui apres t’avoir parler de leurs problemes vont te demander tres gentiment de l’argent, il n’y a pas de distributeur pour prendre de l’argent, l’autre moitie des gens sont des grand blonds de 2 metres qui t’ignorent, parlent allemand entre eux, roulent dans leur grosse voiture ou sur leurs velos tout neuf. Et je me suis retrouve dans la situation la plus bizarre ou je venais en touriste decouvrir une communaute que je connaissais pourtant que trop bien, et qui ne me plaisais pas. Que faisais-je ici ? Je suis donc parti le soir meme de mon arrive, j’ai negocier directement avec le bus pour payer avec l’argent qui me reste… j’trouvais ca deja beaucoup. On se donne rendez au croisement avec la nationale a 10 bornes aux environs des une heures du matin. J’veux partir, m’enfuir, je prend mon gros sac et j’y vais a pied.
Apres 6 bornes a pied, deux routes, il fait desormais sombre, j’essaie d’arreter les voitures, les motos, n’importe quoi, au moins pour demander la direction. Tout le monde s’enfuit. La voiture qui vient de me passer devant pour la troisieme fois et qui pour la troisieme fois fait demi-tour juste apres m’avoir depasser (au mieux un flic, au pire un brigand surveillant sa proie : moi). Bref, pas rassurant ces moments, et pourtant ce sont ces moments qui ont construit mon voyage, mon aventure. Finalement une moto s’arrete, je lui demande dans quelle direction allee, il me dit OK j’t’emmene. Et je me retrouve avec un sac de 25 Kg sur le dos a l’arriere d’une moto qui ne mettait que tres rarement ses phares, dans le noir absolu, sur une piste cahoteuse et sans casque. Je revois les deux indiens morts sans casques au bord de la route a cote de leur moto vu il y a un an, je regarde les etoiles, je ferme les yeux, je medite… et j’arrive enfin au croisement voulu. Drole de croisement… j’ai encore 5 heures a y attendre, il fait froid. Quelques croix games et signe d'anarchiste... sans doute quelques jeumes qui ont voulu faire les malins, n'empeche je suis content d'avoir vu plus tot dans cette ville parmi toute autre un drapeau israelien, le symbole en est d'autant plus fort.
Je ne suis pas le seul, des indigenes Chaco sont la a attendre un bus… alors au debut ils attendaient celui de 19h, mais bon comme il est pas passe, celui de 20h puis celui de 21h et finalement ce sera celui de 22 heures qui passera ce soir. Mais mes compagnons s’inquietent pour moi, l’un dit que deux touristes avaient attendu le bus ici et que le bus ne s’etait pas arrete… Le mieux se serait de venir avec eux et ils me deposeront a la douane, les bus s’arretent obligatoirement a la douane. « Oui mais deja que j’ai pas la tune de payer le prix normal du billet pour la Bolivie ». Et la, « pas de ‘mais’ qui tienne » on me le paie, ils se cotisent. Que de fois le monde renverse au cours de ce voyage.
Les scenes repassent devant moi, les repas, les boissons offertes, meme parfois alors que je fouillais mes poches afin d’obtenir la monnaie exacte on me met dans la main des pieces (3 adolescents) vas-y prends en plus qu’ils me disent. Et ici des indigenes Chaco, pauvres pour la plupart qui vont sans doute se priver, prendre sur eux, et avant de se quitter en se rechauffant dans le bus, un de mes bienfaiteurs, prend un stylo, un bout de papier et ecrit d’une ecriture bien maladroite d’enfant :

Estamos indigenos
Nivacle del Paraguay
Julio Yegros y Felix Moreno de la comunidad de Mistolar zona Pilcomayo
David Romero de la comunidad Fischat San Leonardo zona Pilcoma
Le pédimos a Dios nuestro amigo vans que le acompaña
.

Il me le tend en me disant : pour que tu te souviennes de nous… Quelle demarche ! Quelle noblesse dans ce geste… tout confus, je ne savais quoi leur dire, alors je n’ai rien dit, et l’on s’est quitte.

Et c’est ainsi que a 23h je me suis assis sur la terrasse du bureau d’immigration entendant les officiers ronfler, en face d’une poule dormant sur la chaise en face et j’ai reflechi, lu, ecrit jusqu'à 3 heures du matin ou un bus est passe en furie et m’a emporte dans son passage vers la Bolivie.

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